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Lettre ouverte au Premier ministre

Mayo-Kebbi Ouest : au-delà des festivités, l'urgence de répondre aux véritables préoccupations des populations

25 octobre 2026 · Par Madeuh Thomas

7 min de lecture— vue

Mayo-Kebbi Ouest : au-delà des festivités, l'urgence de répondre aux véritables préoccupations des populations
Photo : Focus Média — Madeuh Thomas
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Un jeune citoyen de Pala demande au Gouvernement des réponses concrètes sur les routes, la santé, les écoles, les enlèvements contre rançon et l'emploi, après la Fête nationale de la jeunesse du 19 octobre.

Monsieur le Premier ministre,

À l'occasion de la 27ᵉ édition de la Fête nationale de la jeunesse, célébrée à Pala, dans la province du Mayo-Kebbi Ouest, le 19 octobre 2026, votre présence et celle des membres du Gouvernement ont suscité beaucoup d'espoir au sein de la population, particulièrement chez les jeunes qui aspirent à un avenir meilleur.

Nous saluons le choix porté sur Pala pour accueillir cet événement national, ainsi que les réalisations inaugurées à cette occasion, notamment le château d'eau du lycée Joseph-Brahim-Seïd et le mini-stade FIFA Arena. Ces infrastructures constituent des avancées appréciables et méritent d'être reconnues.

Cependant, Monsieur le Premier ministre, il est regrettable que votre discours à l'occasion de cette fête de la jeunesse n'ait pas abordé, même du bout des lèvres, les véritables problèmes qui minent le Mayo-Kebbi Ouest et préoccupent quotidiennement ses habitants. Une fête consacrée à la jeunesse ne devrait pas être uniquement un moment de célébration, de discours officiels et d'inaugurations. Elle devrait également être une occasion d'écouter les populations, de reconnaître leurs souffrances et d'apporter des réponses aux difficultés qui hypothèquent leur avenir.

Monsieur le Premier ministre, comment parler de jeunesse et de développement sans évoquer l'état des infrastructures routières, les difficultés d'accès aux soins de santé, les insuffisances du système éducatif, le manque d'opportunités économiques et, surtout, le phénomène inquiétant des enlèvements contre rançon qui menace la sécurité des populations ?

1. Des routes qui isolent les populations

Le désenclavement du Mayo-Kebbi Ouest demeure une urgence. La route Kelo-Pala-Léré, parmi d'autres axes routiers, constitue un enjeu majeur pour la circulation des personnes et des biens, l'écoulement des produits agricoles, le commerce et l'accès aux services sociaux de base.

Comment encourager l'entrepreneuriat des jeunes, soutenir les agriculteurs et promouvoir l'élevage lorsque les difficultés de transport freinent les échanges et pénalisent les producteurs ?

Le développement ne peut pas se limiter aux centres urbains. Les villages, les zones agricoles et les localités éloignées ont également droit à des infrastructures dignes de ce nom.

Nous attendons donc un engagement concret en faveur du bitumage de la route Pala–Léré et de l'amélioration du réseau routier provincial.

2. Des structures sanitaires qui doivent répondre aux besoins des populations

L'accès aux soins de santé demeure une préoccupation majeure. Les populations ont besoin de centres de santé fonctionnels, d'équipements adaptés, de personnel qualifié et de médicaments disponibles.

La santé ne doit pas être un privilège réservé à ceux qui disposent de moyens financiers ou vivent à proximité des grandes structures hospitalières.

Monsieur le Premier ministre, les habitants du Mayo-Kebbi Ouest ont le droit de se faire soigner dans des conditions dignes, sans être contraints de parcourir de longues distances au péril de leur vie.

Il est donc indispensable de renforcer les infrastructures sanitaires, d'améliorer leur équipement et de garantir une meilleure couverture sanitaire dans les zones rurales.

3. Une école qui doit offrir de véritables perspectives à la jeunesse

Quel avenir réservons-nous à nos enfants lorsque les établissements scolaires manquent de salles de classe adéquates, d'enseignants en nombre suffisant, de matériels pédagogiques et d'infrastructures adaptées ?

L'éducation constitue le fondement de tout développement durable. Pourtant, les difficultés auxquelles sont confrontés certains établissements scolaires compromettent les chances de réussite de nombreux jeunes.

Nous appelons le Gouvernement à investir davantage dans la construction et la réhabilitation des écoles, la formation et l'affectation des enseignants, ainsi que l'amélioration des conditions d'apprentissage.

La jeunesse du Mayo-Kebbi Ouest ne demande pas seulement des cérémonies en son honneur. Elle réclame une éducation de qualité qui lui permette de participer pleinement à la construction du Tchad.

4. Les enlèvements contre rançon : une menace qui ne peut plus être passée sous silence

Monsieur le Premier ministre, il existe une préoccupation particulièrement grave que nous ne pouvons ignorer : les enlèvements contre rançon et le sentiment d'insécurité qui en découle.

Lorsqu'une famille vit dans la peur de voir un proche enlevé, lorsqu'un citoyen craint pour sa vie et celle de ses enfants, lorsqu'un éleveur ou un commerçant ne peut plus exercer sereinement son activité, c'est toute la vie sociale et économique de la province qui est fragilisée.

La sécurité est un droit fondamental. Elle constitue également une condition indispensable à l'investissement, à l'entrepreneuriat et à la cohésion sociale.

Nous demandons au Gouvernement de prendre la pleine mesure de cette situation, de renforcer les dispositifs de prévention et de sécurité, de lutter efficacement contre les réseaux criminels et de garantir la protection des personnes et de leurs biens.

Le développement ne peut prospérer là où la peur s'installe et où les populations ne se sentent plus en sécurité.

5. Le chômage des jeunes et l'absence de perspectives économiques

Le Mayo-Kebbi Ouest dispose d'importantes potentialités agricoles, pastorales, commerciales et culturelles. Pourtant, de nombreux jeunes peinent à trouver un emploi ou à accéder aux moyens nécessaires pour créer leur propre activité.

La jeunesse ne manque ni d'idées ni de volonté. Elle manque souvent de financement, de formation professionnelle adaptée, d'accompagnement technique et de débouchés.

Nous encourageons le Gouvernement à transformer les potentialités de la province en véritables opportunités économiques à travers :

— des programmes transparents de financement des projets portés par les jeunes ;

— la formation professionnelle et l'apprentissage des métiers ;

— la création d'unités locales de transformation des produits agricoles et pastoraux ;

— le soutien aux coopératives, aux associations et aux groupements de jeunes ;

— la promotion des artistes et des acteurs culturels ;

— la mise en place de mécanismes de suivi permettant de mesurer les résultats des politiques publiques.

La restructuration des zones d'élevage et d'agriculture évoquée dans le débat public doit se traduire par des emplois, des revenus et une amélioration réelle des conditions de vie.

6. L'eau et l'électricité : des besoins essentiels, pas des privilèges

Nous saluons l'inauguration du château d'eau au lycée Joseph-Brahim-Seïd. Toutefois, les besoins en eau potable ne s'arrêtent pas aux limites d'un établissement ou d'un quartier.

L'accès à l'eau potable doit être étendu aux autres quartiers de Pala et aux villages de la province.

De même, l'accès à une électricité fiable demeure indispensable au fonctionnement des établissements scolaires, des structures sanitaires, des petites entreprises et des unités de transformation.

Comment demander aux jeunes d'entreprendre lorsque les conditions élémentaires de production ne sont pas réunies ?

Il est temps de faire de l'accès à l'eau et à l'énergie une priorité concrète de développement territorial.

7. Monsieur le Premier ministre, la jeunesse attend des actes

Notre démarche n'est ni une attaque personnelle ni un rejet des efforts consentis par l'État. Elle constitue un appel à la responsabilité, à l'écoute et à l'action.

Nous comprenons l'importance des événements nationaux et des cérémonies officielles. Mais une fête de la jeunesse ne saurait être pleinement réussie si les problèmes qui compromettent l'avenir de cette même jeunesse restent dans l'ombre.

Monsieur le Premier ministre, nous regrettons que votre discours du 19 octobre 2026 n'ait pas mis au centre des échanges les préoccupations les plus urgentes du Mayo-Kebbi Ouest : les routes, les infrastructures sanitaires, les écoles, les enlèvements contre rançon, le chômage et le manque d'opportunités économiques.

Ces sujets ne sont pas secondaires. Ils touchent à la dignité humaine, à la sécurité, à l'éducation et à l'avenir de toute une génération.

Nous vous invitons donc à faire de cette visite à Pala le point de départ d'un engagement durable en faveur de notre province. Nous souhaitons que les préoccupations exprimées par les populations soient recueillies, hiérarchisées et traduites en un programme d'actions assorti d'échéances précises.

Nous demandons également qu'un cadre de concertation soit instauré avec les autorités locales, les organisations de la société civile, les associations de jeunesse, les acteurs économiques et les représentants des populations afin que les engagements pris puissent faire l'objet d'un suivi régulier.

La jeunesse du Mayo-Kebbi Ouest ne demande pas la charité. Elle demande la possibilité d'étudier dans de bonnes conditions, de se soigner dignement, de circuler librement, de vivre en sécurité, de travailler et de contribuer au développement de sa province et de son pays.

Monsieur le Premier ministre, les populations du Mayo-Kebbi Ouest ne veulent pas seulement être célébrées un jour ; elles veulent être entendues, protégées et accompagnées tout au long de l'année.

L'histoire retiendra moins les discours prononcés lors des cérémonies que les réponses concrètes apportées aux souffrances des populations.

Dans l'espoir que cet appel trouvera une oreille attentive auprès du Gouvernement, veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l'expression de notre haute considération.

Fait à Pala, le 19 octobre 2026

Madeuh Thomas

Jeune citoyen du Mayo-Kebbi Ouest, porte-voix des préoccupations de la jeunesse et des populations de la province

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