Politique
Me Tizi Joël plaide pour un gouvernement tchadien fondé sur la compétence plutôt que sur le clientélisme
20 août 2026 · Par La Rédaction
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Le leader de la société civile dénonce la dérive du débat politique vers le sensationnel et les clivages identitaires, et propose un gouvernement de performance, de transparence et de méritocratie, avec un vivier national de compétences et un contrat d'évaluation trimestriel.
Au Tchad, une grande partie des débats politiques et médiatiques semble, depuis quelque temps, s'éloigner de l'essentiel pour se concentrer sur le sensationnel, l'émotionnel et les clivages identitaires. C'est le constat dressé par Me Tizi Joël, homme politique et leader de la société civile, qui appelle à recentrer le débat sur les préoccupations concrètes des citoyens et sur les résultats.
Selon lui, lorsque la politique manque d'arguments, elle peut être tentée de jouer sur les sentiments. Les débats autour de la foi, de la tribu, de l'origine, du régionalisme et des appartenances deviennent alors des moyens de mobilisation, au détriment des véritables problèmes auxquels la population est confrontée. « Quand la politique n'a plus d'arguments, elle exploite les sentiments », estime Me Tizi Joël, qui appelle également les médias à davantage de vigilance face à la place prise par l'émotionnel dans le débat public.
Pour Me Tizi Joël, lorsque les hommes politiques n'ont plus de bilan à défendre, de projet crédible à présenter ou de résultats à montrer, le débat risque d'être détourné vers les questions identitaires. L'emploi, l'éducation, la santé, l'eau, l'énergie, l'agriculture, les injustices, les infrastructures, la sécurité ou encore le coût de la vie passent alors au second plan, tandis que la religion, l'ethnie, la région et l'appartenance occupent davantage l'espace public. « C'est une facilité dangereuse », soutient-il.
L'homme politique estime qu'il est facile d'influencer une personne en situation de vulnérabilité en jouant sur sa foi ou son appartenance. Il cite notamment le discours consistant à dire : « Sois avec moi parce que nous sommes de la même religion », alors même que cette personne peut être confrontée au chômage, aux difficultés d'accès aux soins ou aux problèmes liés à l'alimentation.
Pour lui, les appartenances identitaires ne peuvent cependant pas se substituer aux politiques publiques. « La foi ne crée pas à elle seule des emplois. L'ethnie ne construit pas une école ni une route. Le régionalisme ne soigne pas un malade. Et les slogans ne remplissent pas une assiette », rappelle-t-il.
Face à cette situation, Me Tizi Joël invite les citoyens à poser davantage de questions sur les résultats et les propositions concrètes des responsables politiques. « Qu'avez-vous fait ? Que proposez-vous concrètement ? Quels résultats pouvez-vous obtenir ? Comment comptez-vous améliorer concrètement nos conditions de vie ? », sont, selon lui, les questions qui devraient être au cœur du débat démocratique.
Il affirme avoir été confronté à cette réalité lors des élections législatives de 2024. Face aux tentatives de manipulation fondées, selon lui, sur l'ethnie ou la religion, il estime que la population avait apporté une réponse simple : choisir ceux qui travaillent pour elle, indépendamment de leur origine ou de leur religion.
Pour Me Tizi Joël, cette attitude constitue une forme de maturité démocratique. Il s'agit désormais, selon lui, de ne plus demander : « Est-il des nôtres ? », mais plutôt : « Qu'a-t-il fait pour nous et que fera-t-il pour le pays ? »
Au-delà du débat politique, Me Tizi Joël appelle également à repenser la manière dont le gouvernement est constitué. À ses yeux, un poste ministériel ne devrait être ni une récompense politique, familiale, ethnique, régionale ou confessionnelle. « C'est une responsabilité nationale », affirme-t-il.
Il préconise ainsi un changement de modèle : passer du clientélisme à la méritocratie, des réseaux à la compétence, des promesses aux résultats et du gouvernement de récompense ou des accords opaques à un gouvernement de performance et de transparence. Il propose notamment la création d'un véritable vivier national de compétences, ouvert à tous les Tchadiens : juristes, médecins, ingénieurs, économistes, agronomes, entrepreneurs, universitaires, financiers, diplomates, administrateurs et talents de la diaspora.
Pour chaque ministère, Me Tizi Joël propose que les profils soient sélectionnés sur la base de la compétence, de l'intégrité, de l'expérience et de la capacité à produire des résultats, avant d'être soumis à un véritable contrat de performance. Dans son modèle, chaque citoyen pourrait postuler à un poste ministériel. Sur 1 000 ou 20 000 candidats, une commission indépendante serait chargée de sélectionner les meilleurs profils sur la base de critères de méritocratie.
Le ministre retenu serait ensuite régulièrement évalué. Me Tizi Joël propose notamment une évaluation tous les trois mois. En cas de non-atteinte des objectifs fixés, un autre profil pourrait être sélectionné. À travers cette proposition, l'homme politique et leader de la société civile appelle à faire de la compétence, de la transparence et de la performance les principaux critères de l'action gouvernementale. Pour lui, le Tchad doit être capable de créer son propre modèle de gouvernance, fondé sur les résultats et la responsabilité, au point de pouvoir devenir une référence au-delà de ses frontières.