Opinion
#Tchad — Tribune d'Opinion : Quand l'investigation cède la place au tribunal médiatique
30 juillet 2026 · Par La Rédaction
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La lutte contre la corruption exige une presse rigoureuse : toute accusation doit reposer sur des preuves solides, vérifiées et vérifiables.
La lutte contre la corruption demeure l'un des piliers de la bonne gouvernance et de l'État de droit. Dans ce combat, la presse joue un rôle essentiel en enquêtant sur la gestion des affaires publiques et en révélant, lorsque les faits le justifient, d'éventuelles irrégularités. Mais cette responsabilité s'accompagne d'une exigence fondamentale : toute accusation doit être fondée sur des preuves solides, vérifiées et vérifiables.
Cette question est revenue au cœur du débat à la suite de la publication d'un article mettant en cause le ministre de l'Aménagement du Territoire, de l'Urbanisme et de l'Habitat, Mahamat Assileck Halata. L'article invoque notamment des détournements de fonds publics, des projets fictifs, un enrichissement illicite et diverses manipulations financières.
Toutefois, au-delà de la gravité des accusations formulées, une interrogation s'impose : les éléments présentés relèvent-ils d'une véritable enquête journalistique ou d'une série d'allégations qui restent à démontrer ?
En matière de journalisme d'investigation, la crédibilité d'une information repose avant tout sur les faits. Rapports d'audit, documents administratifs, décisions de justice, contrats, données comptables ou témoignages recoupés constituent les fondements d'une enquête sérieuse. Or, dans le cas présent, les accusations avancées ne semblent pas être accompagnées d'éléments matériels permettant au lecteur d'en apprécier la véracité. Les jugements de valeur, les qualificatifs dépréciatifs ou les convictions personnelles, aussi fortes soient-elles, ne peuvent se substituer à des preuves.
Le projet de cité industrielle intelligente, évoqué dans cette affaire, constitue un sujet d'intérêt national. À ce titre, les citoyens sont en droit de demander des explications sur ses objectifs, son financement, ses partenaires, son calendrier d'exécution et les mécanismes de contrôle prévus par les autorités publiques. Si des irrégularités existent, elles doivent être établies à partir de faits précis et être portées à la connaissance des institutions compétentes. La justice, les organes de contrôle et les autorités habilitées demeurent les seules instances compétentes pour qualifier d'éventuelles infractions.
Une accusation insuffisamment démontrée peut porter atteinte à la réputation d'une personne tout en fragilisant la confiance du public envers les médias.