Société
Violence conjugale envers les femmes au Tchad : un fléau encore banalisé
2 septembre 2026 · Par ALLATAROUM Nicole
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Au Tchad, près de 35 % des femmes déclarent avoir subi des violences conjugales physiques, sexuelles ou émotionnelles, et plus d'une personne sur deux estime qu'il peut être justifié qu'un homme batte sa femme. Entre cadre légal existant mais peu appliqué, banalisation sociale et silence des victimes, la lutte contre ce fléau exige sensibilisation, application effective de la loi et autonomisation économique des femmes.
Au Tchad, la violence conjugale demeure une réalité préoccupante qui touche de nombreuses femmes. Selon les données officielles, près de 35 % des femmes déclarent avoir subi des violences conjugales physiques, sexuelles ou émotionnelles. Une femme sur cinq affirme également avoir été victime de violences physiques. Des chiffres qui témoignent de l'ampleur d'un phénomène souvent dissimulé derrière les murs des foyers.
Au-delà des violences elles-mêmes, ce sont surtout certaines normes sociales qui contribuent à leur banalisation. Plus d'un Tchadien sur trois considère que les violences faites aux femmes sont courantes dans sa communauté. Plus inquiétant encore, plus de la moitié des personnes interrogées estiment qu'il peut être parfois ou toujours justifié pour un homme de battre sa femme. Cette perception contribue à maintenir les victimes dans le silence et à rendre les violences difficiles à dénoncer.
Pourtant, le Tchad dispose d'un cadre légal visant à prévenir et à lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles. Mais son application reste confrontée à plusieurs difficultés : insuffisance des structures d'accueil, faible accompagnement judiciaire, manque de moyens et sous-déclaration des cas, notamment en raison de la peur du jugement social et des représailles. Ainsi, le problème ne réside pas uniquement dans l'existence de la loi, mais aussi dans son application effective et dans l'évolution des mentalités.
La lutte contre les violences conjugales passe d'abord par une sensibilisation de proximité. Les familles, les écoles, les communautés religieuses et les leaders communautaires doivent être davantage impliqués pour déconstruire les croyances qui présentent la violence comme un moyen acceptable de régler les conflits au sein du couple.
Le renforcement de l'application de la loi constitue également une priorité. Cela implique une meilleure formation des forces de sécurité et des acteurs judiciaires, mais aussi un suivi réel des plaintes déposées par les victimes. Parallèlement, davantage de centres d'accueil et d'écoute doivent être mis en place afin d'offrir aux femmes victimes un accompagnement psychologique, médical et juridique, particulièrement dans les zones rurales.
Enfin, l'autonomisation économique des femmes apparaît comme un levier essentiel. L'accès à l'éducation, à la formation professionnelle et à l'emploi peut contribuer à réduire leur dépendance économique et à leur donner davantage de moyens pour sortir d'une situation de violence.
Au Tchad, lutter contre la violence conjugale ne consiste donc pas seulement à renforcer les textes de loi. Il s'agit surtout de transformer les perceptions, de protéger efficacement les victimes et de faire comprendre que la violence au sein du couple n'est ni une affaire privée ni une pratique acceptable, mais une atteinte aux droits et à la dignité de la femme.